| Le Service du Travail Obligatoire - "S.T.O." |
| ( Source : Retronews - le 07/02/2019 par Priscille Lamure modifié le 25/04/2021.) |
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En février 1943, le régime nazi impose à Vichy le transfert de tous les
Français de 21 à 23 ans vers l’Allemagne, dans le cadre du
Service du
Travail Obligatoire. Les réfractaires
s’avèrent, sans surprise, nombreux. |
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Dès le début de l’Occupation de la France, l’Allemagne met en place une
exploitation organisée de l’économie française. Après les prélèvements
financiers, agricoles et industriels, le Reich se tourne vers la
main-d’œuvre française en vue de remplacer les ouvriers allemands
envoyés au front. |
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Dans un premier temps, la population française est fortement incitée,
par une importante campagne de propagande, à partir travailler
volontairement dans l’agriculture et l’industrie allemande en échange
d’une généreuse rémunération. Et si plus de 240 000 Français, parmi
lesquels 70 000 femmes, se laissent séduire par cette proposition, ce
nombre demeure toujours insuffisant pour pallier la pénurie de
main-d’œuvre causée par la mobilisation et les importantes pertes
humaines en Allemagne. |
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Fritz Sauckel, le commissaire général à la main-d’œuvre du Reich, exige
alors expressément du gouvernement de Vichy qu’il lui fournisse 350 000
travailleurs qualifiés supplémentaires. Pour pouvoir répondre à ces
exigences, l’État français organise la réquisition de la main-d’œuvre
française. |
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Le 16 février 1943,
Vichy institue une loi assujettissant tous les hommes âgés de 21 à 23
ans à un Service du Travail Obligatoire en Allemagne, le STO. Dès le
lendemain, les journaux collaborationnistes annoncent en Une la mise en
place de cette nouvelle loi – ainsi que les sanctions destinées à punir
ceux qui tenteraient de la « saboter » : |
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Article du journal « Le Matin » du 17 février 1943 |
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En effet, beaucoup de jeunes Français concernés par ce recrutement forcé
refusent leur déportation vers l’Allemagne. Rétifs à l’idée de quitter
leurs biens et leur famille pour offrir leurs bras à l’occupant, un
certain nombre d’entre eux tentent d’échapper au Service du Travail
Obligatoire en ne se présentant pas aux convocations imposées par Vichy.
L’État français décide alors de sévir. |
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Le
12 juin
1943, un article de La
Petite Gironde rapporte la réponse
sévère du chef de gouvernement Pierre Laval aux jeunes « défaillants »,
et fait état des lourdes sanctions que ces derniers encourent – et font
encourir à leur famille : |
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Article du journal « La
Petite Gironde « du 12 juin 1943 |
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Mais face aux trop nombreuses désertions, les mesures du gouvernement de
Vichy à l’encontre des réfractaires se durcissent. |
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Les journaux, tout acquis à la cause de la « Révolution nationale »,
font écho des menaces qui pèsent sur ces jeunes. Au mois de juillet
1943, La
Dépêche du Berry rapporte la décision
d’accorder « une
dernière chance »
aux « réfractaires »
d’aller se rendre par eux-mêmes aux autorités avant de faire l’objet
d’une traque acharnée : |
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Article du journal « La
dépêche du Berry « du 17 juillet 1943 |
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En 1944, face à la rébellion d’une grande proportion de la jeunesse
vis-à-vis du STO, et pour continuer de répondre à la demande de
main-d’œuvre de la part de l’Allemagne, l’État français élargit
drastiquement le spectre des concernés par le STO. Dès lors, toute femme
sans enfant âgée de 18 à 45 ans comme tout homme de 16 à 60 ans devient
passible d’un séjour dans une usine ou un champ de l’autre côté du Rhin.
Dans toute la France, dans un contexte de débâcle militaire de l’Axe,
d’importantes opérations policières ont lieu afin retrouver et punir les
réfractaires au STO. De même, des rafles arbitraires de jeunes ouvriers
envoyés dans divers camps de travail nazis ont lieu dans plusieurs
villes de France.
Mais plus les mois passent et plus les réfractaires deviendront
nombreux. Aussi les convois de jeunes travailleurs en direction de
l’Allemagne bientôt vaincue diminueront progressivement jusqu’à
la Libération à l’été 1944. Beaucoup de ces déserteurs, contraint de se
cacher pour échapper à la police française, entreront alors en
Résistance et dans le maquis.
À la fin de la guerre, on aura dénombré plus de 650 000 Français
déportés de force en Allemagne dans le cadre du STO, à côté de quelque
200 000 « réfractaires ». |