BIOGRAPHIE DE ADOLPHE  HERRY

 

Tirée du Livre "Policiers Perdus - Les GMR dans le seconde Guerre mondiale" par Yves Mathieu.

             

 

              Enseignant originaire du Pas-de-Calais, il est âgé de 32 ans au déclenchement des hostilités et mobilisé au 51e régiment d'infanterie avec le grade de capitaine de réserve. Le 20 juin 1940, il est fait prisonnier et interné au camp militaire de Dinan (Côtes-du-Nord) Il s'en évade deux mois plus tard et réussit à rejoindre sa famille à Audinghen (Pas-de-Calais). La liberté recouvrée, il renoue avec d'anciens camarades officiers de réserve. De façon tout à fait infor­melle, le petit groupe cherche à se manifester au détriment de l'ennemi : pour sa part, Adolphe Herry commence son engagement de patriote par le sabotage réussi des lignes télégraphiques ennemies au cap Gris-nez. Parallèlement, mettant à profit son emploi temporaire de secrétaire de mairie, il fournit de fausses cartes d'identité à des prisonniers évadés en errance dans le Boulonnais, et organise le passage de jeunes désireux de gagner Londres. En octobre 1940, il est surpris par une patrouille allemande alors qu'il établit les plans des fortifications côtières de l'ennemi. Arrêté, il sera confronté pour la première fois à la brutalité des interrogatoires de la Gestapo. Il est accusé d'espionnage. Trois jours plus tard, il est libéré faute d'éléments probants. Mais, désormais compromis et se sachant surveillé, il décide de s'éloigner et s'installe avec sa famille quelque cent kilomètres plus au sud du Pas-de-Calais, à Auxi-le-Château.

           

              Début 1942, il est réintégré dans son cadre d'origine, et obtient un poste d'instituteur à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). Quelques mois plus tard, il apprend que des possibilités de commandement sont offertes aux officiers de l'armée d'armistice dans des unités de maintien de l'ordre en cours d'installation en zone occupée : «Je n'ai nullement la vocation d'un policier. Cependant, d'après les renseigne­ments obtenus sur les G.M.R., je pense pouvoir faire du très bon travail dans une de ces unités... et préparer ainsi la Libération ».

              Après six mois de stage à l'école de police d'Aincourt (Seine-et-Oise), il est nommé commandant du G.M.R. "Flandre" à Lille (Nord).

               La double vie commence pour le commandant Adolphe Herry par une importante rencontre : celle avec Michel Trotabas, alias capitaine Michel, officier britannique des Forces spéciales du S.O.E (Special Operations Executive : Direction des Opérations Spéciales Britanniques). L'intéressé a été parachuté dans le nord de la France avec mission de créer un réseau franco-anglais spécialisé dans le sabo­tage, les filières d'évasion et le renseignement.

              Les deux hommes sympathisent et pour faciliter les contacts de l'agent secret, le commandant Herry le dote d'un uniforme de G.M.R. ; surtout, il met à sa disposition sa propre voiture de fonction avec le chauffeur. C'est ainsi que le capitaine Michel pourra sans encombre, non seulement établir des liaisons avec les postes du S.O.E. implantés dans le Nord et le Pas-de-Calais, mais également approvisionner ces structures en matériels et armes.

               Malheureusement, le 27 novembre 1943, le capitaine Michel est abattu à Lille de deux balles en pleine poitrine, alors qu'il tentait d'échapper à la Gestapo venue l'arrêter. (On sait aujourd'hui que l'officier britannique a été trahi par un des membres du réseau d'action et de renseignement qu'il s'efforçait de constituer sous le nom de réseau Sylvestre). Cette fin tragique est lourde de conséquences car au moment des faits, le capitaine Michel est porteur de l'uniforme des G.M.R.

               En toute logique, la Gestapo investit rapidement le cantonnement du G.M.R. Flandre. Le commandant Herry se trouve en très mauvaise posture, mais aucun élément susceptible de le compromettre n'est mis à jour par les enquêteurs.

              L'affaire ne prendra pas les proportions qu'on pouvait craindre, mais la disparition du chef du réseau Sylvestre est un coup dur. Pour le commandant Herry, c'est un avertissement très sérieux. Il ne doute pas que sa hiérarchie vichyssoise va suivre de près son activité et que la moindre erreur pourra lui être fatale.

               Il ne se décourage pas pour autant.

                Bien que décapité, le tout jeune réseau Sylvestre ne tarde pas à se redresser sous la férule d'un chef nouveau, Pierre Séailles, auquel le commandant Herry, fidèle à son engagement précédent, apportera son aide d'autant plus efficace qu'il bénéficiera de la complaisance de son collègue du G.M.R. Artois - le capitaine Neyme -, qu'il a réussi à faire nommer à la tête de l'unité récemment créée et stationnée à Béthune (Pas-de-Calais). Il faut préciser que le capitaine Neyme est engagé de longue date auprès du commandant Herry au sein du réseau Sylvestre.

               Dans ce contexte, la contribution des G.M.R. du Nord sera particulièrement précieuse pour les services anglais ou les résistants. Usant de son commandement et des facilités de déplacement que sa fonction autorisait, le commandant Herry mettait régulièrement à la disposi­tion du réseau Sylvestre et des groupes action qui en dépendaient, des véhicules des GMR pour couvrir des transports d'armes, d'explosifs, de munitions, de postes émetteurs provenant de parachutages.

               En compagnie de sympathisants qu'il recrute, il participera personnellement, le 18 juillet 1944, à la destruction des locaux du S.T.O. de Lille. Plusieurs fois, il s'investira dans le sabotage d'écluses ainsi que dans l'attaque de convois ennemis.

               De même, les nombreuses liaisons entre les différents groupes « action » du réseau Sylvestre dans le Nord, le Pas-de-Calais, l'Aisne et même Paris, s'effectuaient à bord des véhicules de dotation, ce qui permettait, en trompant la vigilance ennemie, de transporter des parachutistes britanniques sur les lieux qui leur étaient assignés. Ces missions étaient également mises à profit pour remettre des pièces d'identité officielles à nombre de clandestins. Enfin, le commandant Herry fournissait au réseau Sylvestre des tenues de G.M.R. ce qui facilitait le travail de certains agents, chargés en particulier de se renseigner sur l'activité des Allemands ou leurs positions stratégiques.

               Il convient d'observer ici que ce travail d'intense collaboration avec les résistants n'a pu être réalisé que grâce à l'adhésion des policiers eux-mêmes. A cet égard, il ne semble pas qu'il y ait eu des dénonciations ou des trahisons de leur part. Il faut dire que le commandant Herry avait effectué un énorme travail de noyautage au sein de sa formation et que son ascendant sur les hommes était indéniable. On peut avancer que sa tâche fut facilitée par le fait que les recrues des G.M.R. Flandre et Artois provenaient pour l'essentiel de réfractaires du S.T.O. et de prisonniers évadés, c'est-à-dire d'hommes peu enclins à accepter le joug allemand. Il n'empêche, les témoignages de ceux qui ont connu le commandant Herry concordent à affirmer qu'il s'attachait à insuffler à ses troupes une ardeur combative les préparant à participer activement, le moment venu, à la libération du territoire.

               Mais, le bel agencement du commandant Herry n'allait pas tarder à être mis à mal, alors que l'avance alliée était engagée et que l'espoir revigorait chaque jour un peu plus le moral de ceux qui, depuis de longs mois, avaient combattu l'ennemi et le gouvernement de Vichy.

               Dans la deuxième quinzaine de juillet 1944, en pleine nuit, le commandant Herry envoie en mission faussement officielle, deux gardiens de la paix porteurs de pièces d'identité contrefaites à remettre à des résistants dans le secteur de Béthune. Les deux hommes sont victimes d'un grave accident de la circulation. L'un d'eux est mortellement blessé. Aussitôt le commandant Herry se rend sur place pour récupérer les documents compromettants. Il a l'agréable surprise de constater que le capitaine Neyme a été plus prompt que lui, et s'est chargé de faire le nécessaire. Le lendemain, le commandant Herry est convoqué par l'intendant de police qu'il ne parviendra pas à véritablement convaincre sur le caractère officiel de la mission en cause.

              La suspicion ne fait que s'aggraver à son endroit au point qu'il sera informé quelques jours plus tard par l'inspecteur de police Theiller, que l'intendant de police va infiltrer un policier mouchard dans le G.M.R. Flandre.

              Dans le même temps un grave événement survient à Lille : le délégué du N.A.P. - Noyautage des Administrations Publiques - pour le Nord est arrêté avec plusieurs de ses camarades membres des F.F.I.

              Après avoir subi cinq fois le supplice de la baignoire, épuisé et à moitié inconscient, il parle et fournit à la Gestapo le nom du commandant Herry. L'arrestation de celui-ci devient inévitable.

Il l'a relatée en ces termes :

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 "Je donne à mon personnel des instructions formelles pour que les personnes désirant me voir soient triées et introduites avec beaucoup de précautions.

               Le 9 août 1944, à 11 h 30, je me trouve dans le foyer des gardiens, 24, rue Turenne à Lille, dirigeant les travaux de la commission du mess.

              Un gardien vient me prévenir que deux hommes me demandent. J'envoie le lieutenant Maillard aux renseignements. Il revient aussitôt et me dit : « ce sont deux étrangers, ils ne m'inspirent pas confiance ». Pendant qu'il me dit cela, les deux hommes sont entrés sur ses talons. Je les reconnais pour deux agents de la Gestapo. Je me retourne pour fuir vers la porte qui est derrière moi, mais la poignée a été enlevée par les gardiens de service pour éviter qu'on me dérange.

              J'attends ces deux hommes et les conduis à mon bureau de façon à permettre à mes gardiens de se préparer à les capturer.

              Dans mon bureau, la conversation suivante s'engage :

- Vous devinez le but de notre visite ?

- Non.

- Nous avons reçu de nos chefs l'ordre de vous arrêter.

- Pourquoi ?

Vous vous figurez peut-être que nous sommes venus bêtement nous jeter dans la gueule du loup, mais détrompez-vous. Nos précautions sont prises. S'il nous survient la moindre des choses, cent de vos gardiens seront fusillés et les autres déportés.

              Devant cette menace, que faire...

              Mon groupement pouvait vivre sans moi, mon remplaçant était désigné. Je résolus de me rendre et c'est la rage au cœur que je passai devant mes hommes surpris. Cependant avant de sortir, je réussis à donner au gardien Vankelst les papiers compromettants que je portais sur moi. "

 

               Immédiatement conduit au siège de la Gestapo, le commandant Herry est inlassablement interrogé sur ses relations avec les agents du War Office, les réseaux de renseignements et d'action franco-britanniques et les organisations de Résistance. Quatre inspecteurs de la Gestapo se relaient sans succès. Après quelques jours restés sans résultats tangibles, l'un de ses tortionnaires annonce : « vous allez apprendre à vos dépens que nous avons repris avec profit les méthodes moyenâgeuses ». Son calvaire commence. Pieds et mains liés, il est allongé sur un banc étroit, position éminemment inconfortable. Maintenu de force, on lui met sur la tête un casque en fer qu'on s'évertue à serrer au moyen d'un système à vis. De même, à l'aide d'un scalpel, certains inciseront ses chairs jusqu'à l'os et injecteront un liquide brûlant dans les plaies. Plusieurs fois il perdra connaissance. Jamais il ne dira mot tout au long de ces quinze jours interminables d'interrogatoires barbares, de nourriture et de conditions d'hébergement abjectes.

              Le 2 septembre, devant les succès militaires alliés, les autorités allemandes décident d'évacuer les prisonniers vers la Belgique. Le commandant Herry sera du nombre. Arrivé à Bruxelles après bien des vicissitudes, il est embarqué dans un convoi ferroviaire à desti­nation de l'Allemagne. A Malignes, les voies, sabotées par l'Armée Blanche belge, ne permettent pas au convoi de poursuivre. Retour le 6 septembre à Bruxelles où, finalement, sur intervention du président de la Croix-Rouge du pays, les Allemands accepteront de libérer les prisonniers en échange du rapatriement de mille des leurs, blessés, et placés sous contrôle des Alliés.

               Au lendemain de la Libération, le commandant Adolphe Herry sera intégré sans la moindre difficulté dans les C.R.S. et nommé commandant de groupement du Nord et du Pas-de-Calais.

              Adolphe Herry a été nommé chevalier de la légion d'honneur par décret du 25 septembre 1946, parution au journal officiel du 03 novembre 1946, sur proposition du ministère de la Défense, armée de terre active, en tant que lieutenant-colonel.

              Il reçoit la légion d'honneur, par anticipation, le 21 septembre 1946 devant la préfecture de Lille , à sa droite le colonel Gentien (directeur des CRS) et derrière lui se tient le commandant de la 11ème CRS qui a mission de le soutenir  en cas de malaise, il a tenu à rester debout durant le défilé de ses hommes. Il décédera le 25 septembre 1946 des séquelles des tortures qui lui ont été infligées et desquelles il ne s'était jamais rétabli. Il avait trente-neuf ans.

               Il fut titulaire de La Croix de guerre avec palme et de la médaille de la Résistance (voir son mémoire de proposition).

              Il a été fait officier de l'Ordre de l'Empire britannique.

Le premier film  réalisé par les CRS en 1953  : "Les Soldats de l'ordre" - lui a été dédié.

 

  legion honneur Herry  

 

Photo tirée du livre "Les oubliés de la resistance" de Danielle Lheureux

 
    Ordre de l'Empire britannique  Croix de guerre avec palme Médaille de la résistance