RÉSUME CHRONOLOGIQUE DES PRINCIPAUX FAITS TOUCHANT A L' ORDRE PUBLIC SURVENUS AU COURS DES MOIS DE MAI-JUIN 1968.


( du 3 mai au 15 juin 1968)

JOURNÉE DU VENDREDI 3 MAI 1968 :

 

- dans la soirée, violentes manifestations d'étudiants au quartier latin pour protester contre la fermeture de Nanterre et la comparution d'étudiants devant le conseil de discipline. La police, appelée par le Recteur ROCHE fait évacuer la Sorbonne. Durant 6 heures, des incidents opposent manifestants et forces de l'ordre, le recteur décide de suspendre les cours à la Sorbonne.

Presse : Les journaux -PARIS-JOUR du 4/5 mai, Le PARISIEN LIBERE du 4/5 mai, COMBAT du 6 mai rendent compte de ces événements en faisant état de sévices commis par les CRS. qui pourtant, n'étaient pas à Paris ce jour là. Tous les journaux relatent que les manifestants criaient "CRS.-S.S." PARIS-PRESSE du 4/6 mai - le Monde du 5/6/mai précisent que le service d'ordre ne comportait aucune CRS..

 

JOURNÉE DU SAMEDI 4 et DIMANCHE 5 MAI 1968 :

 

- la 10ème chambre correctionnelle juge 13 jeunes gens appréhendés : quatre condamnations à deux mois de prison pour violence à agents - huit autres avec sursis.

JOURNÉE DU LUNDI 6 MAI ET NUIT DU 6 AU 7 :

 

- mouvement de grève lancé par le SNESup. et par l'UNEF. pour protester contre les peines de prisons infligées à quatre étudiants à la suite des incidents de vendredi 3 mai.

- toute manifestation avait été interdite.

- commencées dans le calme les manifestations ont pris un tour très violent durant l'après midi pour se terminer, le soir, dans un climat d'émeute.

Début de la journée :

- COHN BENDIT et ses camarades se présentent à la Sorbonne devant la commission disciplinaire.

- manifestation de l'UNEF. à partir de 9 heures.

- premiers heurts à 9h45 au carrefour de l'Odéon.

- cortège qui se dirige Bd Raspail par la rue de Vaugirard - rue d'Assas - rue de Rennes - carrefour St Germain des prés - bd St Germain - Odéon - ou le cortège fait sa jonction avec un autre groupe qui s'est rassemblé devant le sénat.

- à 11h30 deux groupes se dirigent rue de Vaugirard

- au début de l'après midi les manifestants se rassemblent à la halle aux vins.

- à 13h. les manifestants se dirigent en direction de Notre-Dame - Bd Sébastopol - rue Etienne Marcel.

- à 14h. la manifestation atteint la place des Victoires - puis le pont du Carrousel.

- regroupement sur le boulevard St Germain, les manifestants se dirigent place Maubert.

- à 15h. premier heurt violent au carrefour St Germain.

- à 16h. et pendant deux heures, les manifestants au nombre de 1500 empêchent les policiers de manœuvrer.

-En soirée :

- L'UNEF. a lancé le mot d'ordre d'un rassemblement général à 18h30 place Denfert Rochereau.

- le cortège se dirige en direction de la rue de Rennes.

- pendant ce temps des incidents continuent de se produire Bd St Germain.

- lorsque le cortège arrive place St Germain des Prés, il entre en contact avec les forces de l'ordre.

- l'affrontement a lieu entre Mabillon et la Place St Germain des Prés.

- des barricades s'élèvent - bd St Germain.

- les forces de l'ordre sont durement harcelées.

- jusqu'à 1h. du matin des accrochages sporadiques ont lieu au quartier latin.

L'agitation universitaire gagne la province : heurts brefs mais violents à Grenoble - débats à Montpellier dans les amphithéâtres.

Presse : Le Monde du 9 mai rapporte des témoignages notamment celui du Dr. LEGUEN - sur la brutalité des interventions de la Police - Combat du 11/12 mai fait de même - Paris-Jour du 10 mai, Paris-Presse du 9 mai insistent également sur le comportement des polices - Combat du 7 mai dans un article "ce que j'ai vu rue de Rennes" fait une relation diffamatoire des évènements.

 

JOURNÉE DU MARDI 7 MAI 1968 :

 

- la manifestation organisée par l'U.N.E.F. et autorisée par le Préfet de Police s'est déroulée dans le plus grand calme de 18h30 à minuit.

- le rassemblement a été fixé place Denfert-Rochereau - le cortège emprunte l'avenue Denfert-Rochereau , carrefour Port Royal - Bd du Montparnasse. Il compte environ 30 000 personnes.

- le cortège se dirige alors par le pont de la Concorde vers l'Etoile.

- l'arrivée sur la place de l'Etoile se fait vers 22h.

- des manifestants chantent l'internationale sur la tombe du soldat inconnu.

- le cortège se dirige alors par l'avenue Bosquet - l'avenue de Tourville - le Bd des Invalides et la rue de Sèvres.

- avant Sèvres Babylone où sont massées d'importantes forces de police, les manifestants obliquent et vont rejoindre le rue de Rennes et s'immobilisent rue d'Assas où les policiers ont concentré leurs forces.

- vers 23h 30 les manifestants sont face à face avec les policiers. Durant 1/2 heure - l'ambiance est tendue.

- tandis que les manifestants se trouvaient sur les Champs Elysées quelques brefs incidents se sont produits place St Germain des Prés.

- après la dislocation du cortège un accrochage se produit rue de Vaugirard. D'autres incidents ont lieu rue de Rennes - place Alphonse Deville - carrefour Sèvres Babylone - près de la Sorbonne - Bd du Montparnasse - mais surtout Bd Raspail qui restera le point chaud.

- a 3h 30 le calme se rétabli.

- pendant ces incidents 69 personnes ont été interpellées. 17 ont été maintenues en état d'arrestation - 22 blessés ont été relevés parmi le service d'ordre dont 5 ont été admis à l'hôpital - 28 voitures ont été endommagées.

Presse : Combat du 8 mai dans plusieurs articles - Paris-Presse du 9 mai rendent compte des événements en décrivant avec complaisance les "exactions" des C.R.S..

 

JOURNÉE DU MERCREDI 8 MAI 1968 :

 

- l'UNEF. organise à 18h 30 une manifestation à la Halle aux Vins avec marche sur la Sorbonne.

- la manifestation est tolérée.

- le cortège s'ébranle vers 20h. en direction du bd St Germain. Des consignes de calme sont données aux manifestants par les organisateurs.

- à 20h 40 le square Cluny est franchi.

- à 21h 45 le cortège s'engage rue de Médicis et s'arrête devant le Sénat - l'avant garde est en tête à tête avec les force de l'ordre rue Gay Lussac.

- à 22h 15 le cortège se disloque, seuls demeurent quelques irréductibles qui se massent à hauteur de la rue Monsieur le Prince.

- il pleut.

- à minuit le calme est revenu.

- nombreux défilés en province - à Caen les étudiants en sociologie occupent deux salles.

- au cours d'une réunion à la Faculté de Droit de Paris, mille jeunes réclament la constitution de commissions professeurs-étudiants.

- à l'assemblée Nationale, débat sur les évènements du quartier Latin.

Presse

: Les journaux France-Soir du 9 mai - le Figaro du 9 mai - l'Humanité du 9 mai rendent compte des évènements.

 

JOURNÉE DU JEUDI 9 MAI 1968 :

 

- au début de l'après-midi les étudiants commencent à affluer vers la Sorbonne qui doit réouvrir. A 15h 30 il y a plus de 2000 étudiants. Certains venaient manifester, d'autres reprendre les cours. Malgré l'annonce officieuse de la réouverture par le Ministère diffusée par les radios et les journaux, les forces de l'ordre barrent toujours l'accès. Seuls les candidats à l'agrégation peuvent franchir les barrages.

- le climat devient plus tendu vers 16h 30; les étudiants continuent à se masser devant les barrages de police qui ont été renforcés.

- plus de 3000 étudiants se retrouvent vers 20h 30 dans la salle de la mutualité. Le meeting se déroule dans une atmosphère fiévreuse. Des représentants de mouvements étudiants italien, belge, hollandais, allemand et espagnol viennent affirmer leur solidarité aux étudiants français.

- à Dijon défilé commun de l'UNEF. et des syndicats.

 

JOURNÉE DU VENDREDI 10 MAI ET NUIT DU 10 AU 11 :

 

- c'est à partir de 16h 30 que les lycéens se rassemblent au métro Gobelins à l'appel des comités d'action lycéens (C.A.L.).

- à 17h. le cortège fort de 5000 lycéens emprunte le boulevard Arago en direction de la place Denfert Rochereau qu'il atteint à 17h 30. Les dirigeants grimpés sur le monument du Lyon de Belfort haranguent leurs camarades.

- à 18h30 les premiers cortèges d'étudiants et d'enseignants arrivent sur place. Les dirigeants de l'U.N.E.F. et du SNESup prennent la manifestation en main. Il est décidé d'aller devant la prison de la santé, le palais de Justice et l'ORTF..

- peu avant 19h 30 le cortège de 10 000 personnes s'engage Bd Arago, la prison de la santé est gardée par les forces de police.

- à 20h 20 les jeunes coiffés de casque qui se tiennent au premier rang du défilé arrivent au carrefour des Bd St Germain et St Michel.

- les forces de l'ordre barrent les ponts de la Seine en direction de la rive droite.

- le cortège investit le Bd St Michel.

- à 20h 40 les responsables de la manifestation, notamment M. GESMAR (SNESup) et SAUVAGEOT (UNEF) donnent l'ordre d'occuper le quartier Latin. Des barricades commencent à s'élever (la première rue Le Geff à 21h 15). Cette initiative entraîne des discussions de la part de certains manifestants soucieux de conserver à la manifestation un caractère pacifique. Très vite d'autres barricades se dressent rue Roger Collard, rue St Jacques, rue des Irlandais, rue de L'Estrapade, à l'angle des rues Claude Bernard et Gay Lussac, au carrefour des rue St Jacques et des Fossés St Jacques.

- à 22h 05 le recteur ROCHE fait savoir qu'il est disposé à recevoir les représentants des étudiants. Mais à ce moment la tension monte. Daniel COHN-BENDIT animateur du mouvement du 22 mars lance un appel au calme.

- quelques minutes plus tard sur les ondes de R.T.L. un dialogue s'engage entre le vice-recteur CHALLIER et Alain GEISMAR qui exige l'amnistie des étudiants incarcérés.

- à mesure que se multiplient les barricades les forces de l'ordre reçoivent des renforts qui bouclent le quartier Latin.

- à 0h 15, alors qu'on apprend que COHN-BENDIT et plusieurs étudiants ont été reçus par le recteur éclate le premier incident, place Edmond Rostand, entre forces de l'ordre et manifestants. Il est rapidement jugulé par le service d'ordre de l'U.N.E.F..

- à 1h. on apprend que M. Louis JOXE garde des sceaux qui assure l'intérim du premier Ministre en voyage officiel à l'étranger, s'entretient place Beauvau avec Christian FOUCHET Ministre de l'Intérieur.

- Pendant ce temps, derrière les barricades, les quelques milliers de manifestants qui restaient sur place après la défection du plus grand nombre, inquiets de la tournure que prenaient les événements, étaient rejoints par quelques centaines de jeunes gens de la fédération des étudiants révolutionnaires qui, drapeaux rouges en tête, venaient prendre position.

- les riverains font preuve de la plus grande sympathie pour les manifestants.

- à 1h 45 COHN-BENDIT sort du rectorat et laisse entendre que les chances d'un compromis immédiat sont devenues inexistantes. L'épreuve de force apparaît désormais comme l'éventualité la plus probable.

- Après l'échec de ces négociations le rétablissement de l'ordre pose un problème délicat du fait de la présence des barricades.

- à 2h 15 l'ordre est donné, après sommations d'usage, aux forces de police de supprimer les barricades et de disperser les manifestants. Les forces de l'ordre se mettent en mouvement rue Auguste Comte et avancent sur le bd St Michel en repoussant les manifestants devant eux.

- Auparavant le recteur ROCHE avait lancé un appel à la raison.

- les forces de l'ordre dans la première phase de leur action ne cherchent pas le contact rapproché mais restent à distance en lançant des grenades lacrymogènes.

- une première barricade tombe bd St Michel à 2h 40. Des barricades flambent.

- devant l'acharnement des manifestants les policiers utilisent des grenades offensives. Il y a de nombreux blessés de part et d'autre.

- à 3h. les charges de police se multiplient. Des fenêtres, les riverains jettent de l'eau sur les étudiants pour les protéger contre l'effet des gaz lacrymogènes.

- Les combats les plus acharnés se déroulent dans le secteur des rue Gay Lussac - Roger Collard - Ulm et St Jacques.

- les manifestants utilisent des cocktails Molotov - des voitures incendiées - des projections de sable avec des compresseurs.

- à 3h 15 M. Alain PEYREFITTE, Ministre de l'Education Nationale et George CORSE Ministre de l'Information arrivent place Beauvau pour s'entretenir avec M. Christian FOUCHET.

- à 4h 20 le gouvernement rend public un communiqué.

- à cette heure là des noyaux résistent encore notamment rue Thouin. Les derniers combattants se réfugient dans les locaux de l'école normale supérieure. Le quartier Mouffetard, dernière poche de résistance est nettoyé à 5h30.

- vers 5h 30 COHN-BENDIT lance à la radio un appel à la dispersion.

- à partir de 6h. des patrouilles de police quadrillent le quartier.

- au cours de la nuit Mgr MARTY, archevêque de Paris, le professeur Laurent SCHARTZ - les prix Nobel KASLER et MONOD ont lancé des appels au calme.

- à 6h. MM. Louis JOXE - Christian FOUCHET, Pierre MESSMER et Jacques FOCCART se rendent à l'Elysée.

- M. Maurice GRIMAUD, Préfet de police, fournit samedi dans la matinée le bilan des émeutes: 367 blessés recensés dans les hôpitaux dont 251 du service d'ordre et 102 étudiants. Sur ces 367, 54 sont hospitalisés dont 4 étudiants et 18 policiers dans un état très grave. 460 interpellations ont été faites, 61 ont visé des étrangers - 63 personnes interpellées seront déférées à la justice - 26 étudiants - 3 lycéens, le reste, 34 individus n'étant pas des étudiants. Les dégâts matériels sont importants : 60 voitures incendiées, 128 autres sévèrement endommagées.

Presse : Témoignage Chrétien du 16 mai - Sud Ouest du 12 mai - Combat du 11/12 mai - l'Aurore du 11/12 mai -Paris Jour du samedi 11/12 mai rendent compte des faits en insistant sur les sévices qu'auraient commis les forces de l'ordre. L'Humanité des 11/12/13 mai - Parisien Libéré du 11 mai et du 13 mai -Lacroix du 13 mai - France Soir du 12/13 mai - Figaro des 11/12 mai et 13 mai - Paris Presse du 12 et 13 mai rendent simplement compte des faits. Paris Jour du 13 mai - Le Monde du 12/13 mai rapportent des témoignages accablant les C.R.S.

D'autre part la presse épilogue sur la composition chimique du produit lacrymogène contenu dans les grenades lancées par le service d'ordre Cf. notamment Témoignage Chrétien du 16 mai.

 

JOURNÉE DU SAMEDI 11 MAI 1968 :

 

- à la suite de la nuit d'émeutes du 10/11 mai, les forces de police continuent d'occuper le quartier Latin. L'entrée de la rue Gay Lussac, notamment, demeure gardée par un important barrage.

- un peu avant 11h. 300 manifestants sont repoussés place E. Rostand.

- vers 10h 45, 80 candidats à l'agrégation refusent de continuer à subir les épreuves.

- du côté des lycéens on constate un désarroi analogue.

- naissance d'une université critique au quartier Latin. Des débats s'instaurent à la Sorbonne envahie par les étudiants chacun peut venir y exposer le fruit de ses réflexions.

- Monsieur Georges POMPIDOU, premier Ministre, rentré d'Afghanistan a prononcé une allocution télévisée dans la nuit de samedi à dimanche au cours de laquelle il annonce :

- que la Sorbonne serait librement ouverte à partir de lundi.

- que la cour d'appel pourra statuer sur les demandes de libération présentées par les étudiants condamnés.

 

JOURNÉE DU DIMANCHE 12 MAI 1968 :

 

- dans un communiqué publié dans la soirée, la fédération générale des syndicats de la police :

- désapprouve certaines méthodes employées contre les étudiants dans le courant de la nuit du 10 et 11 mai.

- se déclare solidaire de la position prise par la CGT. - la CFDT. - la FEN. - l'UNEF. pour la journée du 13 mai ( grève générale pour le 13).

 

JOURNÉE DU LUNDI 13 MAI 1968 :

 

- Grève générale selon le mot d'ordre donné par les confédérations CGT - CFDT - FO et FEN.

- la manifestation organisée par la CGT - la CFDT - la FEN/FO à partir de 13h. de la République à Denfert Rochereau se déroule dans le calme en dépit d'un incident qui se produit en fin de soirée place Denfert Rochereau.

- de la place de la République au lion de Belfort entre 15h 30 et 20h. plusieurs milliers de manifestants défilent (près d'un million d'après les manifestants - deux cent mille selon la préfecture de police).

- le cortège comprend des étudiants, des ouvriers, des leaders politiques et syndicaux (MM. MITTERAND - MOLLET - MENDES FRANCE - WELDECK ROCHE - SEGUY - DESCAMPS ...).

- des désaccords se révèlent entre les étudiants qui entendent poursuivre la manifestation malgré l'ordre de dispersion lancé place Denfert Rochereau par les organisateurs. Les uns veulent partir à l'assaut de l'Elysée, d'autres souhaitent qu'on se borne à un meeting au Champs de Mars. Ceux-ci l'emportent après un nouveau défilé à travers Paris.

- la police est totalement absente, sauf sur les ponts abondamment garnis en fin de soirée, lorsque s'esquisse la menace d'une marche sur l'Elysée.

- en réaction contre les manifestations étudiantes de la semaine dernière des jeunes militants nationalistes occupent pendant plus d'une heure, drapeaux tricolores en tête, les abords des champs Elysées de 18h 30 à19h 30. L'origine de cette manifestation est la cérémonie organisée devant la tombe du Soldat Inconnu par de nombreuses associations d'anciens combattants, déportés, victimes de guerre et présidée par M. DUVILLARD, ministre des anciens combattants.

- en province des manifestations ont lieu :

- à Nantes, les étudiants attaquent la préfecture

- à Caen, désaccord entre certains étudiants et syndicats ouvriers

- à Besançon, grève totale à Rhodiacéta

- à Limoges, grève très largement suivie

- à Clermont Ferrand, violent accrochage entre étudiants révolutionnaires et forces de l'ordre.

- à Toulouse, grande manifestation d'opposition au gouvernement

- au Mans, 300 manifestants assiègent la préfecture

- à Strasbourg, débats sur l'autonomie universitaire

- à Marseille, près de 50 000 manifestants

- à Aix en Provence, "réflexions collectives" à la faculté des lettres.

- l'union interfédérale des syndicats de police publie un communiqué qui déclare   notamment:

L'UNIF......rappelle que l'occupation de la Sorbonne par les forces de police a été faite sur la demande expresse du recteur et sur ordre du gouvernement et dégage ainsi la responsabilité des forces de l'ordre.

.............elle affirme que les policiers ont agi sans haine

.............elle considère la déclaration du Premier Ministre comme une reconnaissance du bon droit des étudiants et comme un désaveu absolu de l'action des forces de police que le gouvernement a ordonné.

- à partir du lundi après midi tous les étudiants qui avaient été interpellés, inculpés ou condamnés à la suite des manifestations qui se sont succédées à Paris depuis le 3 mai sont libres. Cette situation acquise essentiellement dimanche et lundi après la déclaration faite samedi soir par le Premier Ministre est le résultat de suites juridiques et judiciaires diverses.

- on apprend enfin que le Général DE GAULLE "s'adressera à la nation Française" le vendredi 24 mai dans une allocution télévisée.

- à Aix en Provence, 4 jeunes allemands de Hambourg ont été interpellés alors qu'il transportaient des produits explosifs dans leur voiture.

 

JOURNÉE DU MARDI 14 MAI 1968 :

 

- un millier d'étudiants de droite assistent à 18h. à une cérémonie sur la tombe du Soldat Inconnu, parcourent en début de soirée, drapeaux tricolores en tête, l'avenue de Wagram et le boulevard de Courcelles. Ils se dispersent à 19h 15 au carrefour Malesherbes non sans avoir applaudi au passage plusieurs cars de police qui passaient sur la chaussée.

- à l'Assemblée Nationale M. POMPIDOU annonce le dépôt d'un projet de la loi d'amnistie et se prononce pour une association étroite des étudiants à l'organisation de l'université.

- l'opposition (communiste et FGDS) dépose une motion de censure sur la politique sociale et économique du Gouvernement. Elle sera discutée les 21 et 22 mai. Au cours de la séance M. MITTERAND dénonce l'usage de gaz par la police et les "ratonnades" auxquelles celle-ci se serait livrée le 10 mai. M. FOUCHET, Ministre de l'Intérieur, déclare que c'est une infamie que de parler de gaz - M. MENDEZ FRANCE (PSU) demande la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les agissements de la police.

- le parti communiste met en garde les travailleurs et les étudiants contre tout mot d'ordre d'aventure.

- l'inter-syndicale des journalistes de l'O.R.T.F. crée un comité pour le respect de l'objectivité de l'information.

- l'usine de Sud-Aviation de Nantes est occupée par les ouvriers après l'échec de nouvelles négociations.

 

JOURNÉE DU MERCREDI 15 MAI 1968 :

 

- Grève quasi totale dans toutes les facultés de France.

- un important mouvement revendicatif est déclenché à l'usine Renault de Cléon (Seine Maritime). Le travail est arrêté.

- dans la soirée les 1 800 salariés de DBA (Loockeed) à Beauvais se mettent en grève.

- le bureau national et le bureau parisien du syndicat des gradés de la police nationale communiquent :

" A la suite des manifestations..... déplorent que le gouvernement attribue une certaine légitimité aux auteurs de troubles, laissant apparaître un certain trouble sur l'utilité de l'action des forces de police.... font savoir qu'en toutes circonstances et en tous lieux les unités chargées du maintien de l'ordre n'ont fait qu'exécuter comme par le passé, les instructions ordonnées par l'autorité supérieure.....".

- au cours d'un débat sur les antennes de RTL M. MONATE secrétaire général d'un syndicat de police déclare : "J'ai presque reçu mandat hier, au cours d'une assemblée générale, de déclencher la grève de la police pour protester contre l'attitude du Premier Ministre". MM. FRANCOIS (CRS) et DAUREL (CU) s'élèvent contre les actes isolés qui auraient été commis par certains gardiens ou CRS. M. FRANCOIS précise : "malgré ces conditions difficiles et les injures qui pleuvaient sur eux, les C.R.S. n'ont pas bronché pendant 6 à 7 heures. Je n'excuse pas les excès, mais on doit comprendre l'énervement de ces hommes. Nos consignes sont de ne jamais se livrer à des actes de ce genre".

- M. PINAUD, président du (SCO), adresse une note au Monde au sujet du témoignage paru dans ce journal le 15 mai sous le titre "la Môme à poil" il déclare : "votre correspondant impute ces faits aux CRS. Or je peux vous certifier que c'est faux. Trop souvent, et particulièrement depuis le début des manifestations d'étudiants à Paris, le public et la presse utilisent le sigle CRS pour désigner n'importe quel membre de la force publique. Certes, de bonne foi, des témoins peuvent se tromper. Mais il est regrettable que ceux qui ont pour tâche d'informer l'opinion accréditent de telles erreurs sans se soucier du préjudice moral considérable ainsi causé".

 

JOURNÉE DU JEUDI 16 MAI 1968 :

 

- dans la matinée les 1 200 salariés de UNELEC Orléans, se mettent en grève.

- le mouvement gagne l'usine Renault de Flins et d'autres entreprises. L'usine de Cléon est occupée.

- dans l'après midi première grève SNCF à Baban (Rhône).

- dans la soirée M. POMPIDOU prononce une allocution télévisée. Il annonce que face au désordre le gouvernement fera son devoir.

- M. Georges GORSE, ministre de l'information, diffuse 3 communiqués du gouvernement relatifs respectivement au maintien de l'ordre public, aux examens et à la mise en place d'un "comité de réflexion" dont la création a été annoncée mardi à l'Assemblée Nationale et qui est chargé d'explorer les modalités permanentes d'une concertation entre professeurs et étudiants.

- à 22h 30 le PC qualifie de provocation la manifestation envisagée pour vendredi par COHN-BENDIT - l'UNEF et le CAL devant l'ORTF. La manifestation est annulée à minuit.

- le théâtre de l'Odéon est occupé par des manifestants.

 

JOURNÉE DU VENDREDI 17 MAI 1968 :

 

- le mouvement de revendications sociales lancé mercredi soir par de jeunes travailleurs apparemment sans consignes syndicales tend à s'élargir et à s'aggraver dans la plupart des régions de France. Il touche souvent des entreprises importantes et en premier lieu la régie Renault dont toutes les usines sont en grève avec occupation des lieux.

- Grèves spontanées avec occupation des lieux également à Sud-Aviation au Mureaux, à Rhodiacéta à Besançon.

- arrêts dans les transports parisiens et interruption quasi totale du trafic SNCF.

- de très nombreuses organisations entreprennent de se réformer de l'intérieur. On assiste au début d'une sorte de "révolution culturelle".

- mouvement d'émancipation des journalistes de l'O.R.T.F.

- le trafic aérien est pratiquement paralysé.

- dans la matinée des groupes d'étudiants se rendent, comme ils l'avaient fait la veille, près des grévistes.

- les syndicats et les partis de gauche assurent que la situation a évolué et qu'il s'agit désormais d'un puissant mouvement ouvrier. Ils mettent d'autre part leurs militants en garde contre l'aventurisme de certaines initiatives estudiantines.

- les étudiants les plus politisés souhaitent que les ouvriers prennent "de leurs mains fragiles" le relais de la lutte contre le régime. La marche de cette nuit sur Billancourt symbolise cette volonté de rapprochement.

 

JOURNÉE DU SAMEDI 18 MAI 1968 :

 

- le conseil confédéral CFDT souhaite l'élargissement du mouvement de grève. M. DESCAMPS se déclare prêt à dialoguer avec les étudiants.

- les transports parisiens sont complètement arrêtés en fin de journée.

- nombreux débrayages et occupations d'usines en province. A Lyon plus de 30 000 ouvriers sont déjà en grève.

- la salle du Festival de Cannes est envahie et occupée par plusieurs centaines de professionnels du cinéma. Le festival est interrompu.

- M. René CAPITANT (UD Vème République) annonce qu'il votera la censure.

- 2000 jeunes gens se rassemblent vers 18h. place de l'Etoile à l'invitation des différentes organisations de droite. Ils se dirigent en cortège avenue de Friedland - bd Haussmann - place de la Concorde - un léger incident a lieu entre manifestants avenue de Friedland.

- Le Général De GAULLE qui a abrégé son voyage en Roumanie arrive à Orly à 22h 30 . Il est accueilli par M. Georges POMPIDOU et plusieurs ministres.

 

JOURNÉE DU DIMANCHE 19 MAI 1968 :

 

- à 11h. le Premier Ministre préside une réunion interministérielle sur le maintien de l'ordre.

- à 12h. M. POMPIDOU s'entretient avec le Général DE GAULLE à l'Elysée. A l'issue de cette réunion, M. POMPIDOU déclare "pour résumer l'opinion du Président de la République, je peux vous dire : la réforme, oui; la chienlit, non".

 

JOURNÉE DU LUNDI 20 MAI 1968 :

 

- le Général DE GAULLE maintient au 24 mai la date de son allocution, il souhaite en effet attendre avant de s'exprimer que l'Assemblée se soit prononcée mercredi soir sur la motion de censure.

- la pays est paralysé. Plusieurs millions de travailleurs sont en grève et occupent les usines :

" les transports urbains s'arrêtent en province -

" en fin de matinée début de la grève à l'O.R.T.F. -

" concours et examens sont remis en cause dans toute la France -

" conférence de presse commune CFDT - UNEF .

- l'opposition réclame le départ du gouvernement. Les communistes proposent à la fédération la mise sur pied en commun d'un programme social avancé. M. MENDES France demande que "le Pouvoir" se retire. M. MITERRAND exige des élections généralisées et M. LECANUET fait de même mais en se plaçant dans le cadre du régime.

- les centrales syndicales n'ont pas lancé d'ordre de grève générale et ont laissé l'initiative à leurs sections de base tout en souhaitant que le mouvement revendicatif s'étende au maximum. Elles réclament une augmentation des bas salaires, l'abrogation des ordonnances et, des libertés syndicales dans les entreprises.

Presse : les Ecoutes n° 2.288 du 20 au 26 mai consacre un article aux "primes à la répression" perçues par les C.R.S.

 

JOURNÉE DU MARDI 21 MAI 1968 :

 

- l'activité de la nation est complètement arrêtée : textiles, grands magasins, banques suivent le mouvement.

- les occupations d'usines se généralisent et se font dans le calme. On étudie des plans de réforme, voire d'autogestion.

- la plupart des syndicats de l'éducation nationale lancent un ordre de grève à partir du 22 mai.

- à 16 h. ouverture du débat à l'Assemblée Nationale sur la Motion de censure.

- un conseil des ministres extraordinaire siège en fin de matinée à l'Elysée.

- les centrales syndicales paraissent éprouver certaines difficultés à établir un programme de revendications communes.

- M. JEANSON (CFDT) déclare que dans les mouvements actuels c'est la lutte des étudiants et des travailleurs contre le pouvoir capitaliste qui est en jeu. M; SEGUY (CGT) souligne que la CGT monte la garde autour des revendications ouvrières et qu'elle a tout ce qui faut pour les défendre. Il annonce en outre que les comités de grève ouvriers ne répondront pas ce soir à l'invitation de l'UNEF à créer un comité national ouvriers et étudiants.

- l'agitation prend une ampleur accrue dans les lycées et plusieurs établissements sont occupés.

- une nouvelle manifestation de jeunes gens de droite appartenant au mouvement occident se déroule dans la soirée dans le centre de la capitale. Elle a été marquée par quelques incidents devant le journal "l'Humanité" ou la police doit intervenir.

- COHN-BENDIT qui s'est rendu à Berlin déclare, dans cette ville, devant 1500 étudiants, qu'il y a eu des morts au quartier Latin, contre toute vraisemblance. Il fait l'objet d'une mesure d'interdiction en France.

- en Côte d'Or, près de Liernais, arrestation de 6 personnes qui ont participé aux manifestations du quartier Latin et qui avaient pour mission de se procurer des armes à Charolles (Saône te Loire) dans un dépôt clandestin constitué au temps de la résistance.

 

JOURNÉE DU MERCREDI 22 MAI 1968 :

 

- à l'Assemblée Nationale, réquisitoire de l'opposition contre le régime. Le débat prend un ton assez vif notamment avec les interventions de MM. Pierre COT qu'un incident oppose à MM. POMPIDOU, F. MITTERAND et E. PISANI.

- M. PISANI membre de la majorité, annonce qu'il votera la censure et donne sa démission. M. CAPITANT, la veille, avait également décidé de démissionner mais de ne pas voter le censure.

- la motion des censure ne recueille que 233 voix et est repoussée.

- au cours du débat, M. PIERRE POUJADE secrétaire général de l'UD Vème République déclare notamment: "il y a une profonde hypocrisie chez ceux des hommes de l'opposition qui ont détenu le pouvoir à méconnaître les exigences du maintien de l'ordre et "les responsabilités tragiques". Le mot n'est pas de moi - qu'il contraint à exercer. Il est miraculeux qu'en cette nuit d'émeutes, il n'y ait eu aucun mort. La gendarmerie Mobile, les Compagnies Républicaines de Sécurité, la Police Parisienne ont évité le pire, cela devait être dit (applaudissement sur les bancs de l'UD Vème et des RI)".

- les députés adoptent la loi d'amnistie qui s'applique également aux membres des forces de l'ordre - pour les infractions commises à l'occasion des "manifestations liées aux questions de l'enseignement".

- les grèves ont atteint leur vitesse de croisière - la marge d'extension des arrêts de travail est de plus en plus réduite d'autant plus que la fête de l'Ascension achève de paralyser le pays.

- une manifestation d'étudiants s'est déroulée mercredi soir dans le quartier Latin et aux abords du Palais Bourbon pour protester contre l'interdiction dont fait l'objet en France M. COHN-BENDIT animateur du mouvement du 22 mars. Passé minuit quelques centaines de manifestants ont refusé de se disperser et ont harcelé les forces de l'ordre. 65 personnes ont été interpellées à la suite de ces accrochages qui se sont poursuivis jusqu'à 4h. du matin.

- la CGT décommande l'entrevue qu'elle devait avoir avec l'UNEF. Le communiqué précise que "organisation sérieuse et responsable, la CGT ne saurait discuter qu'avec des interlocuteurs également sérieux et responsables".

- l'union des syndicats de la police publie un communiqué qui déclare notamment :

" … constatent que le mouvement revendicatif qui se développe actuellement est la conséquence regrettable, prévisible et logique, de l'insuffisance des efforts gouvernementaux en vue d'établir un dialogue constructif avec l'ensemble des salariés.

… font remarquer que les policiers qui ne sont pas des privilégiés n'ont pas échappé en ce qui les concerne à la même carence.

… rappellent, s'agissant de la réforme de la police que la loi elle même a été tournée.

… comprennent parfaitement les mobiles qui animent les salariés en grève et déplorent que la loi du 28 septembre 1948 leur interdise de participer dans les mêmes formes au mouvement revendicatif actuel". Le communiqué revient également sur ce qu'il considère comme un "désaveu" du Premier Ministre et confirme que les policiers ne sauraient servir un régime, quel qu'il soit, qui ne respecterait pas les institutions républicaines et démocratiques.

- les achats massifs de denrées par la population commencent à provoquer la pénurie de certains produits.

- plusieurs bureaux et services des PTT sont réoccupés par la police.

- des cadres occupent quelques heures les sièges du CNPF et de la CGT.

-A Amsterdam, M. COHN-BENDIT déclare "nous nous sommes dirigés sur l'arc de Triomphe parce ce que c'est le monument ou le drapeau français est fait pour être déchiré et transformé en drapeau rouge. En France il n'y a que deux groupes authentiques - le gaullisme qui tend au baroque et le communisme qui dit vouloir protéger la classe ouvrière mais en fait en profite. Ces deux forces sont maintenant face à face".

 

JOURNÉE DU JEUDI 23 MAI 1968 :

 

- Conseil des ministres à l'Elysée. A l'issue du conseil, M. Georges GORSE confirme qu'une mesure d'interdiction a été prise à l'encontre de COHN-BENDIT. A propos des manifestations, il déclare que "des risques de violence étaient voulus et recherchés par quelques-uns".

- de graves incidents se produisent dans la soirée et au cours de la nuit au quartier Latin. Plusieurs milliers de personnes ont participé à une manifestation apparemment improvisée et que des éléments incontrôlés ont fait dégénérer, de l'avis de la préfecture de police comme des organisations étudiantes. Le rassemblement qui a lieu à 18h 30 place St Michel est à l'origine des troubles. Les forces de l'ordre qui gardent le pont St Michel conduisant à la préfecture de police ont voulu dégager les lieux. Dès lors une sorte d'engrenage a tout entraîné. Le boulevard St Michel a été le centre de l'agitation mais des incidents ont également eu lieu dans les quartiers avoisinants. Une centaine de personnes ont été blessées du côté des manifestants - 78 dans le service d'ordre - 220 interpellations ont été opérées -M. MITTERAND a vainement tenté d'obtenir au cours de la nuit le retrait des forces de l'ordre du quartier Latin.

- constitution de nombreux comités d'action à l'université et dans les quartiers. Dans un appel adressé aux étudiants on note que "les facultés doivent être les bases rouges d'où part la propagande".

- dans la soirée le ministère des postes et télécommunications fait savoir aux directions des radios, tant nationales que périphériques, qu'il leur retirait provisoirement l'autorisation d'user des fréquences qui leur avaient été attribuées.

- plusieurs manifestations d'étudiants ont lieu en province (Lyon - Bordeaux - Caen) pour protester contre l'interdiction de séjour en France de M. COHN-BENDIT.

 

JOURNÉE DU VENDREDI 24 MAI 1968 :

 

- M. Christian FOUCHET, Ministre de l'Intérieur, lance un appel dans lequel il déclare notamment "… de plus en plus, des éléments troubles qui ne sont pas des étudiants se mêlent aux manifestants; de plus en plus ils échappent au contrôle des organisateurs. Il ressort d'autre part d'informations sûres qu'un certain nombre d'extrémistes armés comptent utiliser les prochaines manifestations pour déclencher délibérément des actes violents. Ils espèrent qu'une fois engagée l'escalade de la violence ne pourra être maîtrisée…"

- M. Maurice GRIMAUD, Préfet de Police, lance également un appel dans lequel il demande aux organisateurs des manifestations prévues pour ce vendredi de reporter de 24h. les rassemblements et les marches qui doivent se dérouler en plusieurs points de la capitale. Deux séries de manifestations ont en effet été prévues : l'UNEF - le SNESup - les CAL et le mouvement du 22 mars proposent 4 points de rassemblements pour protester contre l'interdiction de séjour de COHN-BENDIT : Stalingrad - porte des Lilas - porte de Montreuil - place Clichy. La CGT d'autre part propose, par solidarité avec les grévistes, deux manifestations à Paris : place Balard et place de la Bastille et d'autres en province.

- les organisations gaullistes se mobilisent. On voit renaître l'Association pour le soutien de l'action du général DE GAULLE et l'Association pour la Vème République - un comité de défense de la République est créé.

- à 20h. le Président de la République dans une allocution télévisée annonce un référendum. Il s'agira, dit le Président de la République "de donner à l'Etat et d'abord à son chef un mandat pour la rénovation" avant de demander un oui massif. Le Général indique que si la réponse est non, il n'assumerait pas plus longtemps sa fonction. Cette allocution a pour effet d'exacerber les passions des adversaires du régime tandis que les propos du Général DE GAULLE sont accueillis par le grand public avec un sentiment de déception.

- vers 17h 30, tandis que les défilés de la CGT s'achèvent sans incidents les étudiants et les jeunes travailleurs se retrouvent par groupes de plusieurs centaines aux portes de Paris - aux carrefour de Stalingrad - Barbès et Clichy.

- les groupes se fondent en cortège aux approches de la gare de Lyon. Les manifestants sont casqués et son précédés d'infirmiers bénévoles.

- à 19h 30 il y a environ 20 000 personnes sur l'esplanade de la gare. Le discours du chef de l'Etat écouté sur les transistors semble renforcer la détermination de ne pas en rester là. Il est décidé d'aller à l'Hôtel de Ville. La rue de Lyon est barrée par des barrages des forces de l'ordre. Les manifestants tentent de contourner les barrages.

- peu après 20h 30 les manifestants dressent des barricades.

- à 20h 45 la rue de Lyon est dégagée par les forces de police après sommations - trois barricades édifiées entre la Bastille et Ledru Rollin sont prises d'assaut.

- les étudiants refluent vers la gare de Lyon.

- un peu avant 22h. un groupe de 2000 est massé Bd Diderot. A ce moment le mot d'ordre est "tous à la Nation". Une charge de police a lieu à hauteur de la rue de Reuilly.

- l'ensemble du quartier du Fg St Antoine est investi par des petits groupes de manifestants qui allument des incendies. Une dernière barricade est enlevée vers 23h. rue St Antoine.

- de la place de la Nation les manifestants qui ont été refoulés du Bd Diderot se dirigent vers la Bourse par l'avenue de la République et la rue Réaumur.

- déjà des manifestants depuis 21h 40 sont rassemblés devant la Bourse. Les manifestants sur l'injonction de M. GEISMAR veulent investir "ce temple du capitalisme".

- à 22h 30 le feu se déclare à l'intérieur de la Bourse. Les policiers arrivent vers 22h 45. Les manifestants se dispersent. En passant devant le Ministère de la Justice, le Ministère des Finances le cortège reformé débouche à 23h 30 sur le bd St Germain où il fait la jonction avec d'autres manifestants qui ont déjà commencé à élever des barricades.

- au cœur du quartier Latin des manifestants ont commencé à se rassembler dès 21h 30 venant de la gare de Lyon. La Sorbonne est organisée en centre de secours et de repli.

- des barricades sont édifiées autour de la Sorbonne.

- vers minuit l'ensemble du quartier Latin vit dans l'effervescence fébrile. Des tirs de grenades sont effectués place St Michel par les forces de l'ordre.

- vers 0h 30 des manifestants se dirigent vers le commissariat du Vème arrondissement (Panthéon) qui est attaqué. Un car de police est incendié. Les policiers sont libérés vers 1h. par des renforts.

- l'opération d'encerclement des manifestants par les forces de l'ordre est commencé. Le bd St Michel barré par une demi-douzaine de barricades est enlevé par les policiers. La technique employée par les forces de l'ordre est celle du combat à distance qui oblige les manifestants à se replier sous le tir des grenades lacrymogènes. Des bulldozers déblaient la chaussée.

- à 1h 45 deux barricades tiennent encore place de la Sorbonne et place E. Rostand. Des heurts violent ont lieu.

- sur la rive droite le poste de police du quartier des Archives rue Beaubourg est envahi et saccagé par un commando de 50 manifestants.

- le calme semble revenir au quartier Latin vers 2h 45.

- mais à 3h. de nouvelles barricades sont dressées rue Monge. Les policiers chargent rue Gay Lussac. Ils sont attaqués à coup de cocktails Molotov.

- un commando s'empare du commissariat du quartier Odéon.

- vers 5h. les forces de l'ordre se rendent maîtresse du terrain. Il leur reste à pourchasser les manifestants isolés qui résistent encore.

- les manifestations ont fait un mort : M. Philippe MATHERION, âgé de 26 ans, victime vraisemblablement d'un coup de couteau. Le fait que ce manifestant ait été tué par une arme blanche exclut pratiquement le rôle des forces de l'ordre.

- au cours de la nuit 456 personnes dont 9 membres du service d'ordre ont été soignées dans les hôpitaux. 178 blessés, dont deux du service d'ordre ont été hospitalisés. 131 blessés du service d'ordre ont été hospitalisés à la maison de santé des gardiens de la paix.

- 3 cinémas : le Cluny Ecole - le Boul-Mich et le Latin ont été saccagés.

- vers 3h. du matin le Ministre de l'Intérieur fait une déclaration dans laquelle il dénonce "la pègre chaque jour plus nombreuse" et "les anarchistes organisés pour la guerre des rues".

- la Croix Rouge pour sa part rappelle que seuls les personnels de la Croix Rouge ont légalement le droit au port de l'insigne de neutralité, droit partagé par le service de santé militaire.

- 65 jeunes gens interpellés lors des manifestations de mercredi à jeudi, et 210 interpellés lors des manifestations de jeudi à vendredi sont relâchés.

- les manifestations paysannes organisées dans la journée par la FNSEA ont rassemblé quelques 200 000 personnes soit moins qu'on ne le prévoyait. La pénurie d'essence, la crainte des affrontements avec la police, la promesse gouvernementale d'ouverture de négociations ont, semble-t-il amené nombre d'agriculteurs à rester chez eux.

- à Nantes des jeunes de tous milieux se battent pendant 5h. avec la police.

- à Lyon de violentes émeutes ont lieu - un commissaire de police, M. René LACROIX, a été tué par un camion que conduisaient des manifestants. Des barricades sont dressées. Dans un communiqué, la CGT du Rhône, comme le parti communiste, "dénoncent la double responsabilité du pouvoir et d'éléments provocateurs".

- Combats de rue également à Bordeaux et à Strasbourg.

- à l'étranger, on signale divers incidents. L'université de Francfort est occupée de même que celle de Santiago du Chili et l'université catholique de Milan. En Belgique un heurt a été évité entre les étudiants de gauche qui tiennent l'université libre de Bruxelles et las conservateurs.

- M. DOUBLET, préfet de Paris, tient au début de l'après midi une conférence de presse pour faire le point du fonctionnement des services municipaux : il a été fait appel à l'armée pour l'inhumation des morts - la distribution de l'essence est très perturbée. Le ravitaillement est normal.

 

Presse : France Soir du 6 juin rapporte des témoignages concernant les exactions de la police dans la nuit du 24 au 25 mai. D'une manière générale toute la presse fait état de déclarations du monde médical concernant la composition chimique des grenades lacrymogène utilisées par le service d'ordre notamment le Monde du 31 mai - France Soir du 28 mai - L'Aurore du 27 mai - Paris Jour du 5 juin - Aux Ecoutes n° 2 288 du 20 au 26 mai…..

 

JOURNÉE DU SAMEDI 25 MAI 1968 :

 

- M. Georges POMPIDOU dans une déclaration faite à la presse dit "des instructions ont été données aux forces de l'ordre pour que tous rassemblements soit immédiatement dispersé avec la plus grande énergie. Les mesures seront prises pour que ces consignes soient exécutées sans faiblesses ni retard".

- les négociations au ministère des affaires sociales où M. POMPIDOU a convoqué les syndicats (CGT - CFDT - CFTC - FO - CGC et FEN) et le CNPF ainsi que la FNSEA s'ouvrent à 16h. dans un climat tendu.

- COHN-BENDIT après avoir été refoulé de France à Forbach après s'être entendu notifié l'arrêté d'interdiction de séjour déclare "je reviendrai en France quand je voudrai et où je voudrai".

- dans la soirée violents accrochages entre manifestants et forces de l'ordre à Bordeaux. Le Préfet d'Aquitaine commentant les événements déclare " sur 76 personnes arrêtées 30 étudiants et étudiantes - 4 lycéens - parmi les autres 12 repris de justice".

 

JOURNÉE DU DIMANCHE 26 MAI 1968 :

 

- Poursuite des négociations sociales rue de Grenelle à partir de 17h.

 

JOURNÉE DU LUNDI 27 MAI 1968 :

 

- à 17h 30 fin des négociations rue de Grenelle. Dans la journée, le constat des discussions est repoussé dans de nombreuses entreprises - chez Renault la CGT ne peut convaincre les grévistes de reprendre le travail. Les ouvriers se déclarent solidaires des étudiants et enseignants et demandent "un gouvernement populaire". La grève continue et se durcit. La CFDT porte un jugement défavorable sur le résultat des négociations de la rue de Grenelle. Dans d'autres usines : Citroën, Berliet, Rhodiacéta, les grévistes repoussent la reprise du travail.

- le PC dénonce le rôle "d'agitateurs fascistes" et de la "pègre".

- M. GEISMAR abandonne la direction du syndicat national de l'enseignement supérieur.

- le syndicat des officiers des C.R.S. adresse un communiqué à la presse pour protester contre l'usage abusif du sigle C.R.S. pour désigner tout membre des forces de police.

- le conseil des ministres réuni à 15h. à l'Elysée examine les accords passés avec les syndicats. Il décide que la campagne du référendum s'ouvrira le 4 juin.

- de nombreuses manifestations organisées à Paris et en province se déroulent dans le calme. Celles auxquelles la CGT a appelé en 12 points de la capitale réunissent tantôt quelques centaines, tantôt quelques milliers de personnes.

- le meeting organisé par l'UNEF au stade Charlety et qui est précédé d'un défilé parti des Gobelins attire, en revanche, plusieurs dizaines de milliers de personnes, étudiants et travailleurs. Le service d'ordre de l'UNEF est efficace et aucun des incidents redoutés ne se produit.

- Citroën demande au tribunal d'ordonner l'expulsion des grévistes.

- l'agitation gagne les départements d'outre mer (Réunion notamment).

- le journal officiel cite à l'ordre de la Nation le commissaire principal René LACROIX.

- dans un communiqué, le syndicat des commissaires de police et des hauts fonctionnaires de la police nationale écrit "les commissaires de police sont persuadés que chaque étudiant refusera de se sentir solidaire du geste qui a tué, quel que soit par ailleurs son sentiment sur la forme de la société, l'une des aspirations les plus profondes de l'homme restera, quoi qu'il arrive la paix tant réclamée dans le monde d'aujourd'hui. En saluant avec grande tristesse le commissaire principal René LACROIX, ils tiennent à faire savoir que le geste criminel qui a tué a fait trois orphelins de 18,14 et 10 ans qui sont aussi trois jeunes de ce pays".

Presse : des affichettes reproduisant les témoignages rapportés par Combat concernant des viols et autres sévices commis par la police sont mises en place dans Paris et la banlieue ainsi que des affiches représentant un C.R.S. bouclier et matraque à la main avec, en mention C.R.S. - S.S.

 

JOURNÉE DU MARDI 28 MAI 1968 :

 

- les négociations sociales se poursuivent après le rejet du protocole de lundi par les ouvriers de principales entreprises. M. POMPIDOU demande, en début d'après midi, que les travailleurs de chaque entreprise, soient appelés à se prononcer par un vote à bulletin secret.

- M. MITTERAND a tenu en fin de matinée une conférence de presse. Prêt à assumer la direction d'un gouvernement mis en place dès le départ du Général DE GAULLE M. MITTERAND considère que d'autres personnalités peuvent être également qualifiées et il nomme M. MENDES France. Enfin M. MITTERAND fait savoir qu'il sera candidat à la Présidence de la République.

- la démission de M. Alain PEYREFITTE est acceptée par M. POMPIDOU qui assume lui-même l'intérim du Ministère de l'Education Nationale.

- Le baccalauréat est ajourné.

- à Lyon deux jeunes gens sont inculpés d'homicide volontaire pour le meurtre du commissaire LACROIX.

- 40 personnes porteuses d'armes ou de projectiles divers sont arrêtées à Paris au cours de contrôles.

- dans la soirée COHN-BENDIT fait sa réapparition à la Sorbonne.

- 5000 personnes assistent, à Lyon, aux obsèques du commissaire LACROIX.

- M. Christian FOUCHET, Ministre de l'Intérieur dépose, dans l'après midi auprès du Procureur de la République une plainte en diffamation contre le quotidien "Combat" pour un article paru sous le titre "le sang froid" faisant état de brutalités qu'auraient commise le service d'ordre au cours de récentes manifestations qui ont eu lieu à Paris.

- la demande par voie de référé de la société André Citroën tendant à l'expulsion des ouvriers en grève occupant les usines a été rejetée ce matin par le Président BELLET.

 

JOURNÉE DU MERCREDI 29 MAI 1968 :

 

- le Général DE GAULLE quitte soudain l'Elysée en fin de matinée pour se rendre à Colombey-les-Deux-Églises. Aucune explication officielle n'est donnée de ce départ inattendu. Mais le bruit court aussitôt que le Président envisage de se retirer. Parti à 11h 30 en hélicoptère il n'arrive à Colombey qu'à 18h 15. On pense qu'il a été consulter les chefs militaires pour s'assurer le soutien de l'armée.

- le conseil des Ministres a été reporté - vive agitation dans tous les milieux politiques.

- la manifestation organisée par la CGT à 15h. de la Bastille à la gare St Lazare illustre le durcissement enregistré au cours des négociations sociales. Certes l'objectif de la manifestation est d'ordre politique puisque la centrale syndicale réclame "un gouvernement populaire" et "un changement politique ouvrant la voie au progrès social et à la démocratie" mais au niveau des discussions strictement sociales on constate que la CGT et les autres syndicats n'ont rien cédé de leurs exigences premières. C'est ainsi que les discussions n'ont toujours pas repris à la SNCF tandis qu'elles ont été suspendues par le ministre des transports pour la RATP.

- dans les régions minières du Nord la CGT incite les mineurs à poursuivre la grève.

- dans les autres secteurs de nombreuses négociations se poursuivent aussi bien dans le secteur public que privé (fonction publique -EDF-GDF - Banques - Métallurgie - Pétrole - Verre - Alimentation).

- peu après 21h. MENDES France prononce à une conférence de presse : "je ne refuserai pas les responsabilités qui pourraient m'être confiées par l'ensemble de la gauche.

- le journal "le Monde" du 29 mai publie une série de témoignages sur les excès commis par la police et plus spécialement par les C.R.S.

- le préfet de police s'adresse, dans une lettre individuelle remise aux gardiens comme aux gradés, aux officiers comme aux patrons, à "toute la maison" - il déclare notamment pour condamner les excès de l'emploi de la force "frapper un manifestant tombé à terre c'est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière".

- un engin fait explosion vers 6h 30 devant l'immeuble situé au 81 rue de Lille où se trouve la rédaction du journal gaulliste "la Nation".

- un autre attentat a également lieu à la mairie de Plessis-Belleville.

- les rats font leur apparition dans les rues de Paris, attirés par les immondices.

- M. Georges POMPIDOU a de nombreux entretiens politiques à l'Hôtel Matignon.

 

JOURNÉE DU JEUDI 30 MAI :

 

- une dramatique atmosphère faite d'attente et de tension précède l'annonce des décisions du Général DE GAULLE faites dans une allocution radiodiffusée en direct à 16h. :

1°) l'Assemblée Nationale est dissoute.

2°) le référendum prévu pour le 16 juin est différé.

3°) les élections législatives se dérouleront dans les délais légaux

4°) M. POMPIDOU reste premier ministre, le gouvernement sera remanié

5°) si l'actuelle "situation de force" l'exigeait, d'autres mesures seraient prises

6°) les préfets deviennent commissaires de la République.

 

- le Président de la République s'en prend violemment au "communisme totalitaire" qu'il accuse de préparer "la subversion" sous le couvert de "politiciens au rancart". Il appelle à organiser "partout et tout de suite" pour aider le gouvernement et les préfets, "l'action civique".

- M. François MITTERAND déclare que c'est la voie de la dictature "c'est un appel à la guerre civile".

- le Général DE GAULLE regagne l'Elysée au début de l'après midi. A 15h. le conseil des Ministres est convoqué.

- à 18h. place de la Concorde une manifestation silencieuse est organisée par les mouvements gaullistes pour soutenir l'action du Président de la République. L'ampleur du cortège, la détermination nouvelle qu'il faisait pressentir chez ceux qui, en acclamant le chef de l'Etat, entendaient s'opposer au communisme, constituent un fait nouveau. Les manifestants sont évalués à 1 million environ. La police est acclamée.

- des manifestations ont également lieu en province, notamment à Rouen, au Havre, à Caen. A la Rochelle un piquet de grève est attaqué. A Besançon un ouvrier de Rhodiacéta est blessé par un coup de fusil.

- sauf exception les négociations sociales piétinent et les grèves continuent notamment dans les charbonnages. Les reprises constatées un peu partout sont la plupart du temps "compensées" par de nouveaux arrêts de travail.

- dès le début des évènements actuels, l'armée a non seulement tenté de remplacer en partie les services civils paralysés par la grève mais elle a également pris des mesures à titre préventif pour assurer la protection et la bonne marche de certaines installations importantes. Nombreux sont les officiers qui se déclarent "totalement disponibles à l'égard d'un pouvoir républicain, légal, démocratiquement reconnu" ces mêmes officiers assurent "que l'armée constitue le dernier recours d'un gouvernement légal qui aurait besoin de restaurer son autorité".

 

JOURNÉE DU VENDREDI 31 MAI 1968 :

 

- les résolutions annoncées de façon spectaculaire par le Général DE GAULLE provoquent de nombreuses réactions. Mais tous les partis et tous les leaders prennent acte de la perspective d'élections générales et entreprennent de s'y préparer. Ces élections se dérouleront les 23 et 30 juin.

- le remaniement du gouvernement fait l'objet de consultations entreprises par M. Georges POMPIDOU.

- L'UNEF renouvelle son appel aux centrales ouvrières pour organiser une manifestation de masse en commun et souhaite que celle-ci se déroule samedi.

- à l'étranger le discours du Général DE GAULLE a fait sensation. Les commentateurs sont unanimes à souligner la gravité de la situation, beaucoup d'entre eux n'hésitent pas à faire état d'une menace de guerre civile.

- la crise sociale semble évoluer rapidement et des signes de détente sont perceptibles dans différents secteurs.

- dans les PTT plusieurs services reprennent le travail. La police intervient pour assurer la liberté du travail à Paris, à Rouen, à Marseille.

- dans la plupart des villes de province la journée est marquée par des manifestations en faveur du chef de l'Etat notamment à Besançon, Clermont Ferrand, Grenoble, Le havre, Lyon, Limoges, Marseille, Montpellier, Nancy, Toulouse.

- M. POMPIDOU se rend à l'Elysée pour faire connaître la composition du nouveau gouvernement qui est rendue publique à 16h 30 M. Raymond MARCELLIN succède à M. FOUCHET comme Ministre de l'Intérieur.

 

JOURNÉE DU LUNDI 3 JUIN 1968 :

 

- les signes avant coureurs d'une reprise de l'activité paralysée par les grèves ne sont pas confirmés ce lundi. C'est le cas particulièrement dans le secteur public : tandis que les consultations de la base traînent en longueur, notamment à la RATP, les négociations se poursuivent laborieusement pour les autres services publics qui restent paralysés. Il en est ainsi pour les PTT et surtout la SNCF où les positions syndicales se durcissent. Les gares de Mulhouse et Strasbourg ont en effet été réoccupées par les grévistes sans intervention de la police.

- cette journée est surtout celle des consultations. En attendant, l'activité du pays reste très ralentie pour ne pas dire pratiquement paralysée.

- le Ministre de l'Education Nationale, M. ORTOLY reçoit une délégation de la FEN qui, avec ses syndicats affiliés, représente la grande majorité des personnels relevant de ce ministère.

- M. POMPIDOU fait le point de la situation en fin de matinée.

- situation sociale : le gouvernement remplira tous ses engagements

- étudiants : il faut commencer par rétablir l'ordre dans l'université

- ordre public : nous ne permettrons pas que la violence puisse s'instaurer. Il est certain qu'un certain nombre d'individus ou de groupes n'ont pas désarmé.

 

JOURNÉE DU MARDI 4 JUIN 1968 :

 

- dans beaucoup d'entreprises la journée est consacrée à la consultation des travailleurs sur une éventuelle reprise du travail tandis que des négociations ont commencé ou se poursuivent à un rythme plus ou moins rapide dans certains grands secteurs : Education nationale, PTT, métallurgie.

- le travail a repris totalement à la banque de France, dans les arsenaux et dans quelques entreprises privées, partiellement dans certaines banques, à la sécurité sociale et aux charbonnages.

- la situation reste tendue dans la plupart des grandes entreprises métallurgiques. A Renault, Billancourt, les ouvriers présents se sont prononcés pour la poursuite de la grève. A Flins le vote n'a pu avoir lieu, les piquets de grève s'y étant opposés.

- aux PTT malgré l'âpreté des discussions un projet d'accord serait envisagé.

- à l'éducation nationale des négociations ont commencé ; dans un certain nombre d'établissements primaires et secondaires des enseignants non grévistes ont repris leurs cours. Des incidents sont signalés aux facultés de droit de Bordeaux et de Lyon où des étudiants ont bloqué l'entrée des salles d'examen.

- à l'ORTF la situation s'est durcie après l'intervention radio-télévisée du nouveau Ministre de l'Information M. GUENA. Dans la matinée la maison de l'ORTF et des centres de province sont occupés par les forces de police.

- des incidents et des attentats ont toujours lieu en province. Au Conquet les pêcheurs obligent la station radio à transmettre leurs messages. A Dammartin un gaulliste est victime d'un attentat - à Nevers les vitrines du journal du centre sont brisées - à Paris incendie dans un garage - à Rivesaltes des poteaux télégraphiques sont sciés. A Marseille des colleurs d'affiches tirent en l'air.

- du Trocadéro au Champ de Mars le défilé des "jeunes gaullistes" réunit dans le calme 15 000 personnes environ. A partir de 13h. parmi les slogans on scande "CRS - courageux".

- Incident entre grévistes et non grévistes aux Galeries Lafayette à Paris.

 

JOURNÉE DU MERCREDI 5 JUIN 1968 :

 

- la reprise des activités traîne en longueur et les consultations se prolongent donnant souvent des résultats divergents sinon contradictoires. Il en est ainsi à la SNCF, à la RATP et dans les grands magasins.

- dans le secteur industriel la situation n'est claire que dans trois secteurs où le travail a repris complètement : EDF-GDF, charbonnage et sidérurgie lorraine.

- Partout ailleurs la crise continue à sévir plus ou moins totalement.

- en province on note des reprises d'activité dans les services publics locaux mais ce mouvement est loin d'être général.

- à l'ORTF la direction générale fait appel aux techniciens de l'armée prévus par le plan STENTOR pour faire fonctionner les émetteurs.

- la presse annonce la création d'une "commission d'enquête" chargée de dénoncer les brutalités qui furent commises lors des affrontements dans la rue par les policiers - cette commission groupe sous l'égide "UNEF - SNESup - comité des victimes" les commissions d'enquête de la faculté des sciences, de la Sorbonne, de Censier, des riverains des quartiers qui furent le théâtre des manifestations les plus dures ainsi que diverses personnalités du barreau, de la médecine et des milieux scientifiques. La commission d'enquête publie la liste de 11 disparus lors des événements.

- 4 groupes trotskistes décident d'opérer un rapprochement en vue d'une réunification. Il s'agit de l'union communiste du parti communiste internationaliste, de la jeunesse communiste révolutionnaire et des groupes marxistes révolutionnaires. L'organisation communiste internationaliste et la fédération des étudiants révolutionnaires, également trotskistes restent en dehors de ce mouvement.

- des jeunes gens lancent vers 3h. du matin des cocktails Molotov contre le commissariat de police du quartier de Plaisance 12 rue R. Barret (14ème).

- la police expulse des guyanais et les membres du comité d'action révolutionnaire qui occupent les locaux de l'association jeune Guyane 11 square Moncey.

- un attentat est commis contre Robert KENNEDY.

- quelques heurts se produisent vers 18h. sur les Champs Elysées entre les manifestants qui, à l'appel de la CFDT, se sont rassemblés près de la chambre syndicale des constructeurs automobiles et les membres de l'amicale des anciens parachutistes venus commémorer le débarquement allié en Normandie du 6 juin 1944.

 

JOURNÉE DU JEUDI 6 JUIN 1968 :

 

- la reprise quasi générale dans les secteurs clés des transports : SNCF et RATP et les télécommunications marque une étape importante vers un retour à une activité normale. Cependant le trafic n'a toujours pas repris sur les aérodromes civils. La marine marchande est toujours paralysée.

- autres points noirs : la métallurgie et le bâtiment où la grève se poursuit dans de nombreuses entreprises, sans que toutefois les contact aient été entièrement rompus.

- la situation est tendue dans le secteur de l'automobile, en particulier à la régie Renault dont les usines n'ont pu être rouvertes qu'après l'intervention de la police. L'opération a débuté entre 3h. et 5h. du matin. A midi un millier d'ouvriers et d'agents sont au travail. Quelques centaines d'hommes des forces de l'ordre sont toujours sur place. La direction publie un communiqué qui déclare notamment "c'est pour permettre à ceux qui veulent travailler que la direction a décidé de faire ouvrir les portes de l'usine".

- dans les banques nationalisées et les grands magasins une certaine confusion règne encore.

- dans l'enseignement les instituteurs et les professeurs sont appelés à voter dans leur établissement afin de se prononcer pour la reprise des cours ou la poursuite de la grève. Dans le Cotentin des conflits opposent des enseignants à des maires et des parents d'élèves.

- un attentat par engin explosif a lieu à Aix en Provence.

- Des barrages se produisent à Beauvais entre manifestants ouvriers et membres du CDR. Une barricade est dressée. Ce n'est qu'à 23h 30 que les forces de l'ordre ont rétabli le calme. Plusieurs blessés sont signalés.

- les forces de police font évacuer, dans l'après midi, les grévistes affiliés au syndicat CFDT de la Samaritaine.

- au cours d'un meeting organisé dans la soirée à l'appel des syndicats de la FEN au palais des congrès de Dijon, M. SAUVAGEOT déclare "le mouvement recommencera d'ici à 6 mois".

- à la suite de l'attentat commis dans la nuit de mardi à mercredi à Los Angeles, Robert KENNEDY est mort jeudi matin sans avoir repris connaissance.

- 8 des 11 personnes classées "disparues" par la commission " témoignage et assistance juridique" sont retrouvées.

 

JOURNÉE DU VENDREDI 7 JUIN :

 

- dans la métallurgie l'activité n'a toujours pas repris dans la plupart des grosses entreprises et en particulier dans les usines nationales d'aéronautique.

- la construction automobile est au point mort.

- à Flins des incidents violents opposent les forces de police aux ouvriers que les étudiants venus de Paris sont venus renforcer pour tenter de réoccuper l'usine. Les premiers affrontements ont lieu vers 10h 30. Les manifestants attaquent le service d'ordre à coup de pierres, celui-ci riposte par des grenades lacrymogènes. Le corps à corps a été évité. Il faut noter pourtant que dans la matinée des grenades ont été lancées dans un logement HLM près de l'usine. M. Pierre PRE a été blessé aux jambes et a été hospitalisé à Meulan. Au total une vingtaine de manifestants ont été blessés légèrement. Il y aurait eu 3 blessés parmi les forces de l'ordre. Une trentaine de manifestants ont été appréhendés et conduit au centre Beaujon.

- à l'ORTF le personnel en grève organise des manifestations à l'extérieur.

- reprise des cours presque générale dans les écoles et très limitée dans les lycées.

- le Général DE GAULLE, au cours de son entretien radiotélévisé provoque des réactions sans surprise : les gaullistes louent le "visionnaire de l'histoire", les giscardiens demandent que le chef de l'Etat passe aux actes aussitôt après le 30 juin, M. MITTERAND parle du "climat de guerre civile", enfin les communistes s'élèvent contre les "calomnies" visant leur parti.

- les dirigeants des syndicats de leur côté affichent leur scepticisme et leur hostilité devant les développements consacrés à la participation. Parlant d'émeutes, le Général DE GAULLE déclare :"mon gouvernement est resté maître de la rue limitant les blessures. Et je dois dire à ce sujet, je dois dire très haut, que les forces de l'ordre public ont fait très bien leur devoir tout entier".

- plusieurs milliers d'anciens combattants participent en fin d'après midi à une cérémonie à l'Arc de Triomphe, à l'appel du Général KOENIG, pour affirmer "leur fidélité au culte du souvenir et au drapeau national".

- vingt sept jeunes gens armés sont interpellés à Paris au cours de divers contrôles. A l'entrée de l'autoroute de l'Ouest les CRS ont intercepté plusieurs voitures, dans l'une d'elles se trouvait un carabine 22LR et des cartouches.

- en Italie des heurts très violents ont lieu à Milan entre étudiants et Policiers.

- les traces des 11 disparus signalés par la "commission d'assistance juridique" sont retrouvées.

Presse : sortie dans les librairies parisiennes du livre noir sur la répression policière, publié par l'UNEF et le SNESup aux éditions du Seuil.

 

JOURNÉE DU SAMEDI 8 JUIN 1968 :

 

- les violents incidents qui se sont déroulés vendredi aux alentours des usines de Flins suscitent divers communiqués syndicaux : la CGT, pour sa part dénonce :"les groupes étrangers à la classe ouvrière, entraînés quasi militairement".

- des adhérents du SNESup critiquent vivement la direction du syndicat.

- de nombreux professeurs de lycées reprochent à leur syndicat de ne pas faire porter les négociations sur la réforme de l'enseignement.

- en exil depuis 6 ans M. Georges BIDAULT est rentré à Paris. La main levée du mandat d'arrêt lancé contre lui a été décidée.

- un engin fait explosion vers 2h 30 devant la porte d'entrée du Celtic Hôtel 6 rue Balzac à Paris.

- à Melun des coups de feu sont tirés contre le palais de justice.

- à Villerest (Loire) un engin fait explosion contre la voiture de M. TERRENOIRE député UD Vème.

- la CFDT propose aux autres centrales syndicales une journée d'action pour le 10 juin "face à l'intransigeance patronale" et à "l'intervention de la police". La CGT a répondu à cet appel en déclarant que la solidarité syndicale ne saurait en aucun cas conduire à des incidents semblables à ceux qui ont été fomentés à l'usine de Flins et qui ne peuvent qu'être nuisibles à la cause des travailleurs. Elle regrette la décision unilatérale de la CFDT.

 

JOURNÉE DU DIMANCHE 9 JUIN 1968 :

 

- M. POMPIDOU, recevant dimanche en fin d'après midi les journalistes à l'hôtel Matignon, fait le point de la situation. Il déclare notamment : "j'ai lu dans la presse, j'ai entendu à la radio que les CRS avaient occupé l'usine de Flins. J'imagine que pour la France entière l'usine de Flins est remplie de CRS qui empêchent les ouvriers d'entrer. Or, si nous avons envoyé des forces de l'ordre ce n'est pas pour occuper l'usine, c'est pour défendre la liberté du travail".

- près de Flins, non loin de l'usine Renault, les forces de police procèdent dans la soirée à 232 arrestations. Il s'agit pour la plupart de jeunes gens trouvés porteurs de chaînes de bicyclettes, de lances pierres et de couteaux. Ils sont dirigés sur le centre Beaujon.

 

JOURNÉE DU LUNDI 10 JUIN 1968 :

 

- depuis plusieurs jours des étudiants venus de Paris se mêlent aux ouvriers de Flins pour s'opposer aux forces de l'ordre qui gardent les abords de l'usine Pierre Lefaucheux.

- c'est pourquoi dès 5h. du matin d'importantes forces de police ratissent systématiquement les bois et les près des alentours, allant même jusqu'à poursuivre leurs opérations dans le village des Mureaux.

- un deuxième contrôle a lieu quelques heures plus tard dans le courant de l'après midi. Au total, 165 personnes sont interpellées et conduites à Beaujon.

- un regrettable accident a marqué cette journée. Dans l'après midi, une dizaine de jeunes gens se sont réfugiés sur la rive de la Seine. Au cours d'un contrôle certains d'entre eux cherchent à s'échapper en se jetant dans le fleuve. C'est le cas du jeune Gilles TAUTIN, d'une jeune fille Mlle Christine CHARLIE, étudiante en droit et de deux lycéens de Louis le grand. La jeune fille est repêchée par les Gendarmes. Cependant que le jeune Gilles TAUTIN succombe à une hydrocution.

- M. METAYER, maire des Mureaux fait la déclaration suivante sur cette affaire :"j'ai appris que l'on pourchassait des jeunes gens à Meulan. Ils se trouvaient dans un pré au bord du fleuve. Je m'y suis aussitôt rendu. Lorsque je suis arrivé, des gendarmes retiraient de l'eau le corps d'un garçon. Il tentèrent de le réanimer. Alors les pompiers arrivèrent. Ils firent la même chose mais en vain. J'ai interrogé aussitôt les gendarmes et la population. Tout le monde semblait hébété. Personne n'a pu dire comment cela s'était passé exactement. Ensuite j'ai du éviter l'affrontement avec la population. J'ai exigé que la police quitte les lieux et j'ai pris la responsabilité de téléphoner au préfet en lui demandant de faire disparaître ses troupes de Meulan et des Mureaux. J'ai eu sur l'heure satisfaction".

- un meeting spontané se tient aussitôt après l'accident devant la mairie. Quelques milliers de personnes y assistent.

 

JOURNÉE DU MARDI 11 JUIN 1968 :

 

- à Sochaux, sur la demande de la Direction des usines Peugeot, les forces de l'ordre investissent l'usine tenue par des piquets de grève et occupée depuis le 20 mai. La direction des usines espère par ce moyen faire respecter la liberté du travail. Cette intervention provoque des réactions extrêmement violentes de la part des ouvriers qui voient dans cette mesure une provocation. Apparemment sans mot d'ordre ni consigne particulière une masse de 4000 ouvriers se porte spontanément aux portes de l'usine et engagent des actions extrêmement violentes contre les forces de l'ordre. Malgré les tentatives d'apaisement de personnalités politiques et syndicales ces échauffourées dégénèrent en émeutes qui gagnent toute la ville de Montbéliard. Finalement, dans la soirée un protocole d'accord qui met fin aux émeutes est signé entre les syndicalistes et dirigeants politiques d'une part et représentants de la direction des usines et de la préfecture d'autre part. Le retrait de toutes les forces de l'ordre a été exigé. Le bilan des émeutes est très lourd : 1 mort M. BEYLOT, tué par balle - 200 blessés dont une vingtaine hospitalisés - 10 véhicules incendiés ou endommagés.

 

JOURNÉE DU MERCREDI 12 JUIN 1968 :

 

- le calme est revenu après les violents incidents de mardi aux usines Peugeot à Sochaux fermées sur ordre de la Direction ce matin.

- un deuxième gréviste est mort dans la matinée, il s'agit de M. Henri BLANCHET, 49 ans, tombé alors qu'il fuyait devant les forces de l'ordre, et hospitalisé avec une fracture du crâne.

- à l'issue du conseil des ministres qui s'est tenu dans la matinée à l'Elysée sous la Présidence du Général DE GAULLE, le Ministre de l'Information annonce :

1°) toutes les manifestations sont désormais interdites à Paris et sur l'ensemble du territoire pendant toute la durée de la campagne électorale.

2°) le gouvernement a prononcé, en vertu de la loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et les milices privées la dissolution de plusieurs groupements : la jeunesse communiste révolutionnaire - l'union des jeunesses communistes marxistes léninistes (prochinois) - le mouvement du 22 mars - le groupe révolte - la voix ouvrière - la fédération des étudiants révolutionnaires et le comité de liaison des étudiants révolutionnaires.

3°) en ce qui concerne la noyade de Flins, le ministre renvoie les journalistes au communiqué du procureur de la République de Versailles.

- la CGT et la CFDT lancent des consignes d'arrêt de travail entre 15h et 16h. ce mercredi pour exprimer leur protestation indignée réclamant partout le retrait des CRS et l'ouverture ou la poursuite des négociations avec les grévistes. Force Ouvrière laisse ses militants libres d'arrêter le travail en les mettant en garde contre les "rebondissements incontrôlés". Dans les services publics, les conséquences de l'arrêt national de travail seront plus sensiblement ressenties à la SNCF.

- dans les usines d'automobiles, un relatif apaisement a pu être obtenu à Flins et à Sochaux après les dramatiques évènements de lundi et de mardi. Il n'y a aucune activité dans les ateliers, mais des négociations se sont engagées entre les directions et les syndicats ce mercredi matin à Billancourt.

- la métallurgie et l'aéronautique restent les deux principaux îlots de résistance des grévistes en particulier dans l'aéronautique, l'automobile et la région de St Nazaire. L'accord conclut dans la marine marchande est soumis aux marins de commerce. Autres catégories toujours en grève, les stewards et les hôtesses des lignes aériennes, les bateliers et les chauffeurs de taxis. En revanche, tous les grands magasins parisiens sont ouverts.

- en province, en dépit de l'interdiction des manifestations décidée dans la matinée, des rassemblements et des défilés ont lieu dans la soirée : d'une manière générale ils regroupent un nombre relativement restreint de personnes et se déroulent dans le calme sauf à Poitiers et surtout à Strasbourg où il y a accrochage entre étudiants et forces de l'ordre.

- la presse et notamment "la Monde", de ce jour rend compte de l'état dans lequel se trouve la Sorbonne, de l'anarchie et du laisser aller qui y règne. Un groupe composé de soi-disant mercenaires du Katanga aurait constitué le CIR. ou Comite d'Intervention Rapide placé sous la direction de "Jakie le Katangais".

 

JOURNÉE DU JEUDI 13 JUIN 1968 :

 

- les mesures d'ordre prises mercredi par le conseil des ministres, et en particulier la dissolution d'une dizaine de groupements d'extrême gauche, trotskistes, anarchistes ou prochinois provoquent des réactions hostiles ou critique dans la gauche non communiste.

- les interventions de MM. WALDECK ROCHET, Jacques DUHAMEL, Georges POMPIDOU qui ouvrent la campagne télévisée n'apportent pas d'éléments nouveaux.

- dans l'industrie automobile les négociations se poursuivent chez Peugeot et Renault. Les pourparlers n'ont pas repris chez Berliet. Aucune conversation n'est engagée chez Citroën. Le travail reprend normalement dans la marine marchande. A Air France un accord est intervenu. Un protocole est soumis aux chauffeurs de taxis.

- le Colonel LACHEROY bénéficie d'un arrêt de mise en liberté provisoire. A Tulle, on s'attend à la libération prochaine du Général SALAN.

- après les échauffourées survenues à Paris lundi et mardi, 29 manifestants restent gardés à vue.

- après avoir laissé courir le bruit qu'ils allaient quitter le Sorbonne pour l'Odéon, les "Katangais" réoccupent dans la nuit une partie des bureaux du rectorat.

- à Nantes incidents entre manifestants et forces de l'ordre à l'issue d'un meeting organisé par les syndicats.

- un étudiant parisien, Didier M..., âgé de 20 ans, élève d'une école de comptabilité est déféré au parquet. Le juge d'instruction le fait écrouer à Fresnes pour outrages à agents, violences et rébellion. C'est le premier étudiant incarcéré depuis le mise en liberté, le 13 mai par la cour d'appel de 4 jeunes gens qui avaient été condamnés à des peines de prison ferme.

- M. Georges BIDAULT annonce la création d'un "mouvement pour la justice et la liberté".

- 41 personnes de 16 nationalités différentes font l'objet d'un arrêté d'expulsion.

 

JOURNÉE DU VENDREDI 14 JUIN 1968 :

 

- deux opérations d'assainissement sont menées à bien au quartier Latin dans la nuit, l'une par les étudiants, l'autre par la police. La Sorbonne a été fermée par les étudiants qui ont entamé jeudi deux opérations de nettoyage et de réorganisation. Au cours de la nuit ils ont expulsé les "Katangais". D'importantes forces de police ont participé à une opération d'évacuation des locaux du théâtre de l'Odéon "occupé" depuis le 16 mai. Une centaine de personnes ont été délogées et après vérification de leur identité, laissées en liberté.

- la police commence une série de perquisitions au siège de certaines des organisations dissoutes.

- le comité d'initiation pour un mouvement révolutionnaire organise, sous la présidence de M. SAUVAGEOT, un meeting à la mutualité pour protester contre l'interdiction de certains groupements.

- les pavillons du Portugal et du Brésil sont évacués par les comités d'occupation qui s'y étaient installés.

- 5 jeunes qui appartenaient au groupe dit des "Katangais" sont arrêtés par une patrouille de la gendarmerie au sud de Macon à bord d'une automobile volée. Dans l'automobile un fusil de chasse à canon scié a été trouvé.

- après les incidents de Nantes de jeudi soir 14 manifestants sont placés sous mandat de dépôt.

 

JOURNÉE DU SAMEDI 15 JUIN 1968 :

 

- dans la matinée la grâce et la libération du général SALAN, ancien chef de l'OAS sont rendues officielles par un communiqué de la présidence de la République.

- 6 nouvelles expulsions d'étrangers sont prononcées ce qui porte le nombre à 153.

- un cortège silencieux est organisé dans l'après midi pour l'enterrement du lycéen Gilles TAUTIN. Un tract signé de ses camarades appelle à suivre le cortège "dans la dignité et la discipline militante" "le 10 juin - notre camarade mourrait assassiné par la police gaulliste". Plusieurs milliers de personnes répondent à cet appel.